Aller au contenu

Bitcoin Ethereum

L'Apogée

L'actualité du monde et ses analyses

Musique

D-EDGE, vingt-six ans de nuit électronique, de Campo Grande à Rio et Camboriú

Fondé en 2000 à Campo Grande, au centre-ouest du Brésil, puis installé à São Paulo en 2003 et à Rio en 2023, le club D-EDGE est retracé par le magazine britannique Mixmag à travers les témoignages de son propriétaire, Renato Ratier, de son architecte et de DJ qui s'y sont produits. Le récit de son essor porte aussi sur deux controverses, dont l'accueil en 2025 d'un événement évangélique que Renato Ratier a lui-même qualifié d'« erreur ».

Photo : Mixmag

Le magazine britannique Mixmag a publié le 6 novembre 2026 une longue histoire de D-EDGE, qu'il présente comme « la discothèque la plus durable du Brésil ». Le récit repose sur des entretiens avec son propriétaire, Renato Ratier, avec l'architecte Muti Randolph, avec le programmateur Adnan Sharif et avec plusieurs DJ. L'entretien principal a eu lieu dans les coulisses de Surreal Park, un autre club fondé par Renato Ratier il y a cinq ans à Camboriú, une station balnéaire du sud-est du pays. Celui-ci y déclare exercer ce métier « depuis 30 ans » et dit vouloir désormais « jouer moins », après une période qu'il qualifie de difficile pour des raisons personnelles1.

De Campo Grande à Barra Funda

Selon Mixmag, Renato Ratier a grandi à Campo Grande et y a travaillé dans les années 1990 dans la mode, l'organisation de soirées, l'édition de magazines et la radio, se décrivant alors comme un « agitateur culturel ». Après l'échec d'un premier petit club ouvert avec des amis, il crée D-EDGE en 2000. À cette date, house et techno restaient au Brésil derrière le funk carioca, la country et la pop, d'après le magazine. « J'étais très inspiré par la musique de Chicago, de Detroit et de New York », dit Renato Ratier, qui ajoute : « C'était fou de lancer ce genre de club au milieu du pays »1.

Pour concevoir le lieu, il fait appel à Muti Randolph, après avoir vu U-Turn, un club de São Paulo ouvert un an plus tôt. L'architecte décrit le concept d'origine comme une « machine musicale rétrofuturiste », remplie d'éléments visuels évoquant des « circuits imprimés extraterrestres », sous l'influence de l'esthétique des années 1960. « Dès le départ, mon objectif n'était pas de concevoir un espace statique, mais de créer une architecture dynamique », explique-t-il. Craig Richards et Layo & Bushwacka! figurent parmi les artistes programmés à Campo Grande1.

Quelques années après l'ouverture, un hôpital et son entrée des urgences sont construits devant le club, qui doit partir. Renato Ratier reprend à São Paulo, dans le quartier industriel de Barra Funda, le club d'un ami alors appelé Stereo. D-EDGE y ouvre en 2003. Ce déménagement a donc été imposé par une contrainte extérieure, et non par un choix de développement. C'est pourtant lui qui a placé le club dans une ville où existait déjà, selon Renato Ratier, un public pour les artistes qu'il invitait1.

Mixmag écrit que la salle de São Paulo a été le premier club au monde à utiliser un éclairage LED, « ou du moins une version prototype ». Muti Randolph apporte une nuance : « Même si beaucoup de gens associent ce projet à la première utilisation de tubes LED dans une boîte de nuit, cette technologie n'était pas encore disponible. » Selon lui, l'installation utilisait des néons RVB placés dans des caissons à lumière diffuse. Elle introduisait toutefois « l'une des premières utilisations de panneaux LED intégrés à l'architecture et directement reliés au son ». La primauté technique avancée par le magazine reste donc en partie revendiquée, et c'est l'architecte lui-même qui la ramène à une affirmation plus restreinte. D'après Mixmag, le propriétaire du club Sankeys de Manchester s'est déplacé pour voir le dispositif. Renato Ratier affirme que celui-ci « a inspiré de nombreux clubs dans le monde »1.

Le club ouvre alors tous les soirs de la semaine. DJ Heather, Solomun et Richie Hawtin sont parmi les premiers invités, à côté de soirées rock, hip-hop et drum 'n' bass, avec notamment le Brésilien DJ Marky. Mixmag cite un set de sept heures de Ricardo Villalobos en 2007, un concert du trio canadien Cobblestone Jazz en 2008 et une ovation pour Tiga en 2009. Le club a aussi accueilli des fêtes de clôture de la São Paulo Fashion Week. En 2010, D-EDGE s'agrandit dans un bâtiment voisin de quatre étages, avec une deuxième piste, un salon et une terrasse sur le toit donnant sur le Memorial da América Latina. La capacité totale reste de 1 000 personnes1.

Programmation, contestations et nouveaux sites

Adnan Sharif est le programmateur du club depuis 2013. « Renato et moi n'avons jamais voulu que la programmation suive uniquement les tendances ou l'effet de mode », dit-il. Il estime que la musique électronique s'est « encore plus mondialisée » et que le public est devenu « plus informé ». Il ajoute : « ce qui rend D-EDGE spécial, c'est qu'il n'a jamais perdu son identité. » La DJ techno BLANCAh, invitée pour la première fois en 2016, juge l'infrastructure du club « impeccable ». Ces jugements viennent de personnes qui travaillent pour le club ou s'y produisent régulièrement, ce qui signifie qu'ils relèvent du témoignage et non d'une évaluation indépendante1.

Mixmag rapporte deux controverses. Au milieu des années 2010, un journaliste brésilien, dont le magazine ne donne pas le nom, lance un débat public sur les licences accordées aux lieux non établis et sur l'écart de conditions entre D-EDGE et la nuit indépendante. Le collectif pauliste Mamba Negra organise alors une manifestation devant le club pour réclamer l'égalité des conditions. Renato Ratier a soutenu qu'il ne s'opposait pas aux fêtes de rue ni aux soirées en entrepôt. Il dit avoir contesté les obligations de licence inégales imposées aux établissements permanents. Le magazine rapporte les deux positions sans indiquer comment ce différend s'est conclu1.

Au printemps 2025, Renato Ratier a été critiqué pour avoir accueilli dans le club de São Paulo un événement évangélique au cours duquel la musicienne Baby do Brasil a dit aux victimes d'abus sexuels de « pardonner ». Il a pris ses distances avec ce sermon. Auprès de Resident Advisor, il a qualifié l'accueil de l'événement d'« erreur » qui ne se reproduirait pas et a déclaré : « je ne fais partie d'aucun groupe idéologique ou extrémiste, et je n'aime ni n'accepte les préjugés religieux. » L'engagement de ne pas recommencer reste à ce stade une déclaration, que seule la programmation à venir permettrait de vérifier1.

D-EDGE a ouvert un second site à Rio en 2023, avec une soirée inaugurale menée par Charlotte de Witte. Il occupe un ancien entrepôt portuaire, lui aussi aménagé par Muti Randolph, qui dit avoir voulu « préserver le caractère industriel brut » en y insérant une structure lumineuse de haute technologie. Le site de Rio fête ses trois ans en novembre 2026. Surreal Park, à Camboriú, se présente comme un site à plusieurs scènes proche d'un festival. Mixmag le décrit comme « sans doute le plus grand du monde », avec 1 400 000 pieds carrés, mais ce classement reste une appréciation du magazine, non étayée par une mesure comparative1.

Renato Ratier dit avoir acquis un Boeing 747 et envisager d'y aménager une scène. Selon Mixmag, le remorquage de l'avion à travers la ville a été relayé par la presse locale. Le projet n'est à ce stade qu'à l'étude. Le propriétaire assure à Mixmag que « bien d'autres possibilités » se dessinent. Reste à savoir si ce développement se poursuivrait au même rythme, alors qu'il dit vouloir réduire ses dates en tant que DJ1.

D-EDGERenato RatierMuti RandolphSão Paulomusique électroniqueBrésil

Sources

  1. The history of D-EDGE, Brazil’s most enduring nightclubMixmag · Royaume-Uni · 6 novembre 2026
  2. BrazilInSight Crime · Colombie · 5 novembre 2026
  3. ParaguayInSight Crime · Colombie · 6 novembre 2026 · contexte
  4. ANDREA GHEZFondation Nobel · Suède · 26 octobre 2026 · contexte
  5. Amazon mining boss wanted by Brazil for sheltering Jair Bolsonaro’s spy chief has businesses, properties in FloridaICIJ · États-Unis · 29 octobre 2026 · contexte

Cet article a été rédigé à partir des sources ci-dessus, et d'elles seules. Les chiffres et citations leur sont attribués par les appels de note.

À lire aussi

Musique

Eris Drew et Octo Octa jouent leur premier set en duo Alchemical Sisters pour Mixmag

Eris Drew et Octo Octa font la couverture du magazine britannique Mixmag sous le nom d'Alchemical Sisters, et y présentent un mix enregistré en public au Mixmag Lab de Londres. Selon les deux artistes, il s'agit de leur premier DJ set sous ce nom, joué la semaine de la sortie de leur premier album, éponyme.

4 sources · Mixmag, WWD, Variety — festivals…

Musique

Splice lance Create, un logiciel de production musicale en version bêta

Splice, connu pour sa bibliothèque d'échantillons sonores, propose Splice Create, une station audionumérique en version bêta gratuite, avec un accès Pro à partir de 9,99 dollars par mois. Le site spécialisé Gearnews, qui l'a testée, juge l'interface facile à prendre en main mais relève que la version gratuite ne permet pas d'exporter de l'audio.

4 sources · Gearnews, Newsshooter, SpaceNews

Musique

Guy Moot, premier éditeur de musique distingué par le prix MITS au Royaume-Uni

Lundi 9 novembre, à Londres, le président-directeur général de Warner Chappell Music, Guy Moot, deviendra le premier éditeur de musique à recevoir le Music Industry Trusts Award en 34 ans d'existence. Dans un entretien à Music Business Worldwide, il parle de l'intelligence artificielle, des tarifs du streaming, des catalogues et des sociétés de gestion des droits.

4 sources · Music Business Worldwide, Billboard