Guy Moot, premier éditeur de musique distingué par le prix MITS au Royaume-Uni
Lundi 9 novembre, à Londres, le président-directeur général de Warner Chappell Music, Guy Moot, deviendra le premier éditeur de musique à recevoir le Music Industry Trusts Award en 34 ans d'existence. Dans un entretien à Music Business Worldwide, il parle de l'intelligence artificielle, des tarifs du streaming, des catalogues et des sociétés de gestion des droits.

Le Music Industry Trusts Award (MITS) sera remis lundi 9 novembre au Grosvenor House Hotel, à Londres, à Guy Moot, président-directeur général de Warner Chappell Music (WCM). D'après Music Business Worldwide (MBW), c'est la première fois en 34 ans que ce prix britannique récompense un éditeur de musique. Le magazine rappelle que le MITS a jusqu'ici honoré des artistes, des dirigeants de maisons de disques, des promoteurs, des agents et des diffuseurs, et une année Sir Elton John avec son parolier Bernie Taupin. Les recettes de la soirée iront à The BRIT Trust et à Nordoff & Robbins, une association de musicothérapie. Ce choix revient à reconnaître un métier que MBW décrit comme celui de « l'arrière-boutique » : le contrat, le droit d'auteur, la co-écriture, la collecte des droits1.
MBW retrace le parcours de Guy Moot. Il a débuté chez des disquaires, puis il est devenu directeur général d'EMI Music Publishing au Royaume-Uni, où il a signé Amy Winehouse, Arctic Monkeys, Calvin Harris, Lana Del Rey et Mark Ronson. Président de la création à l'échelle mondiale chez ce qui est aujourd'hui Sony Music Publishing, il a ensuite supervisé les contrats d'Ed Sheeran, de Drake et de Sam Smith. Il est arrivé chez Warner Chappell en avril 2019 comme coprésident et directeur général aux côtés de Carianne Marshall. D'après MBW, le chiffre d'affaires annuel de l'entreprise a doublé depuis. Le magazine cite parmi les signatures de cette période Dua Lipa, Amy Allen, Zach Bryan, Laufey et ROSÉ, ainsi que plusieurs accords de catalogue : l'acquisition de celui de David Bowie, le renouvellement de celui de George Michael et la gestion administrative de celui de Tom Petty1.
L'un de ces auteurs est en ce moment dans l'actualité des sorties. Billboard indiquait le 16 octobre que Zach Bryan revenait avec un nouvel EP, « Young Manhood & Other Donatable Organs »4.
MBW décrit aussi les changements de ces dernières semaines. En septembre, Warner Music Group (WMG) a annoncé le départ de Carianne Marshall, et Guy Moot est seul président depuis le 1er octobre. Une semaine plus tard, il est entré au conseil d'administration de la National Music Publishers' Association (NMPA), l'organisation américaine des éditeurs de musique. « Nous avons été ensemble pendant sept ans. Pour moi, il s'agit maintenant vraiment de construire l'avenir », dit-il. Il évoque un « plan de croissance très ambitieux » qui vise une progression « bien au-dessus du marché » au regard des prévisions de Goldman Sachs. Il annonce d'autres mouvements internes après la promotion d'Ali Brickman. Ces objectifs restent des intentions déclarées. À ce stade, MBW ne donne aucun chiffre sur leur réalisation1.
My Chemical Romance, un catalogue et un record
Le 15 octobre, Warner Chappell a signé avec My Chemical Romance un contrat de gestion administrative mondiale qui couvre tout le catalogue du groupe et ses œuvres futures. D'après MBW, la réédition des 20 ans de « The Black Parade » a ensuite donné au groupe ses premiers albums numéro un au Royaume-Uni et aux États-Unis1. Billboard rappelle qu'à sa sortie, en 2006, l'album s'était arrêté à la deuxième place du Billboard 200, derrière Hannah Montana. Selon le magazine américain, cette réédition établit un record : celui de l'attente la plus longue entre la sortie d'un album et son arrivée en tête de ce classement2.
Guy Moot dit avoir vu le groupe deux semaines plus tôt au Hollywood Bowl. Il souligne l'intérêt de réunir chez Warner Music Group « l'édition et les enregistrements » du groupe : « Quand ils sortiront de la nouvelle musique, nous travaillerons à la relier au catalogue. » Il parle d'une « double démographie », avec des pères venus avec leurs filles ou leurs fils et qui chantent toutes les paroles. Cela signifie que, pour l'éditeur, la valeur d'un tel accord tient autant à l'exploitation du fonds existant qu'aux œuvres à venir. Sur les catalogues en général, il se dit heureux que l'on accorde autant de valeur aux chansons, mais il compare leur détention à l'entretien d'un jardin, qui « s'accompagne d'une responsabilité ». Il qualifie de « vraiment bon » le partenariat avec Bain, centré sur la propriété, et ajoute : « Nous voulons en faire davantage. »12
Intelligence artificielle, tarifs du streaming et sociétés de gestion
Le contexte, écrit MBW, mettrait à l'épreuve n'importe quel dirigeant de l'édition. Warner est passé de procès contre les générateurs de musique par IA Suno et Udio à des accords de licence avec eux. Guy Moot regrette que l'industrie s'exprime « avec beaucoup de voix différentes » et défend la politique de WMG, qui consiste à accorder des licences aux « acteurs de bonne foi ». Il reconnaît que la question de savoir qui en est un fait débat. « Si nous ne leur accordons pas de licences à grande échelle avec les bons accords, ils deviendront incontrôlables et invoqueront le régime de la sphère de sécurité », dit-il. Il ajoute : « Tous ceux qui utilisent l'IA ne créent pas de la musique pour sortir 50 000 morceaux par semaine et les pousser vers une ferme de robots. » Il voit dans les musiciens amateurs un public que l'industrie n'a jamais vraiment monétisé. Reste à savoir si cette stratégie de licences sera suivie par les autres acteurs, puisque lui-même décrit une industrie qui ne parle pas d'une seule voix1.
Aux États-Unis, devant le Copyright Royalty Board (CRB), Amazon propose de réduire le taux principal de rémunération des auteurs-compositeurs sur le streaming pour la période 2028-2032. « Je ne comprends pas comment quelqu'un peut penser qu'il devrait payer moins les auteurs-compositeurs. C'est insensé », réagit Guy Moot. Il reprend une formule de David Israelite, de la NMPA, selon laquelle « tout est un forfait aujourd'hui », et estime qu'il faut protéger la valeur de la musique au sein de ces offres groupées. La proposition d'Amazon reste à ce stade une position de négociation. Si elle était retenue, elle toucherait directement les revenus des auteurs-compositeurs sur ces cinq années1.
Guy Moot vise enfin certaines sociétés de gestion des droits (PRO). Il ne remet pas en cause leur existence, mais il rappelle que leur service est né dans des cadres nationaux, avant les licences numériques couvrant plusieurs territoires. « Certaines, je leur donnerais 10/10. D'autres, bien moins. Nous avons des discussions importantes avec celles-là. Et, sans complexe, Warner Chappell va leur demander des comptes », déclare-t-il. Il dénonce un système « tellement opaque », des investissements de l'argent des auteurs dans des systèmes qui « ne fonctionnent peut-être pas si bien » ou qui font doublon, et des commissions qu'il juge très élevées en Europe. Il dit souhaiter « une base de données complète ». Les sociétés visées ne sont pas nommées et leur point de vue ne figure pas dans l'entretien. Les suites de ces discussions restent donc à connaître1.
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Sources
- Warner Chappell boss Guy Moot, the first music publisher to receive the UK’s MITS Award, on A&R, catalog, My Chemical Romance, and the PROsMusic Business Worldwide · Royaume-Uni · 6 novembre 2026
- My Chemical Romance’s ‘The Black Parade’ Was a No. 1 Album 20 Years in the Making: Inside the CampaignBillboard · États-Unis · 6 novembre 2026 · contexte
- Billboard’s Music Industry Events CalendarBillboard · États-Unis · 6 novembre 2026 · contexte
- Olivia Rodrigo feat. Chappell Roan, Tate McRae, Zach Bryan & Angèle: New Music Friday GuideBillboard · États-Unis · 16 octobre 2026 · contexte
Cet article a été rédigé à partir des sources ci-dessus, et d'elles seules. Les chiffres et citations leur sont attribués par les appels de note.


